mercredi 23 juillet 2014

L'appel des artistes sans réponses... pour le moment

Adresse à Fadila Laanan par plusieurs compagnies présentes dans le Off d'Avignon
À peine désignée, la nouvelle ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles Joëlle Milquet est déjà interpellée. À l'aube de la dernière semaine du Festival d'Avignon lundi soir, le metteur en scène Fabrice Murgia a lancé à l'issue de la première de son spectacle "Notre peur de n'être" un vibrant appel au monde politique. Si le combat des intermittents français avait déjà fait tremblé le festival In, celui des artistes belges -différent dans les détails techniques et juridiques, semblable dans la philosophie- s'est également fait entendre.

En Off et In
Le 7 juillet, la précédente ministre Fadila Laanan avait déjà reçu une première volée de bois vert de la part des artistes présents au sein du "plus grand théâtre du monde", le Off d'Avignon. Par la voix de François Houart des Baladins du Miroir, les compagnies ont appelé à "un rééquilibrage urgent des financements culturels vers l'emploi artistique" et à "une augmentation des budgets culturels liés à la création".
Fabrice Murgia - Crédit: Jean-François Ravagnan
Mais alors que l'édition 2014 du In était marquée par le retour d'artistes belges francophones, on nous annonçait un autre coup de gueule belge lors du spectacle de Fabrice Murgia. Pendant les applaudissements, le jeune metteur en scène a donc pris le micro e, fin de représentation, invitant les autres compagnies belges présentes à Avignon. Dans son allocution (reproduite ci-dessous), l'auteur du "Chagrin des Ogres" communique sa peur. Il lance un appel au public présent. Aux journalistes culturels de relayer la réalité de leur travail, lance-t-il à ses représentants présents, dans un texte vibrant.

Des dossiers chauds
Les artistes craignent pour leur avenir et les coupes budgétaires pressenties. Et à entendre le représentant de la ministre présent lors de la réception d'après spectacle, des coupes, il y en aura ("tout le monde devra faire des efforts"). Les théâtres subventionnés attendent depuis plusieurs mois les nouveaux contrats-programmes. Leur non-indexation répétée depuis plusieurs années énerve autant qu'inquiète le secteur. Par ailleurs, la ministre Laanan avait dû faire marche arrière sur la réduction des fonds d'aide à la création des projets théâtraux (CAPT) face à la mobilisation des artistes. La socialiste n'a pas manqué de refiler la patate chaude des contrats-programmes à son successeur. Enfin, les évolutions du statut d'artiste et les interprétations restrictives de l'ONEM (contestées en justice avec succès) quant à l'accès au chômage ont enfoncé le clou du désarroi du monde culturel.

Promesses floues
Le 23 juillet, le nouveau Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles défendait devant le Parlement sa déclaration de politique communautaire (DPC). En analysant de plus près ce document en son chapitre "Culture", on imagine mal comment le secteur artistique pourrait se voir rassuré. Revenons sur les dossiers chauds qui ont secoué la fin de la législature précédente:
  • Statut d'artiste: c'est une matière fédérale. Il apparaît donc normal que sa clarification ne soit pas à l'ordre du jour du nouvel exécutif communautaire. Tout au plus lit-on que le gouvernement s'engage à "favoriser l’accompagnement et l’encadrement des artistes, notamment en soutenant le guichet des arts dans l’accomplissement de ses missions". Créé en 2013, le Guichet des Arts est le point d'information et d'accompagnement l"collectif et individuel sur toutes les questions relatives au statut social et fiscal des artistes et des techniciens du spectacle". Quant au statut en tant que tel et ses espoirs de réforme, il faudra attendre la constitution d'un nouveau gouvernement fédéral (kamikaze?). Sur le point précis de l'accès au chômage, Marcus Wunderle notait récemment dans une analyse en ligne du CRISP que "suite au transfert du contrôle des chômeurs aux régions en vertu de la sixième réforme de l’État, de devenir différente en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles". Or, aucune précision à ce sujet n'est par ailleurs trouvable dans la DPR wallonne et bruxelloise.
  • Contrats-programmes: la DPC ne mentionne aucun calendrier sur leur sortie. Sous l'intitulé "Poursuivre l’optimalisation de la gouvernance culturelle", l'exécutif précise simplement qu'il procédera à un contrôle plus "un examen précis des budgets des opérateurs culturels bénéficiant d'un contrat-programme ou d'une convention". Condition d'emplois artistiques, limitation des postes de direction, renforcement de la jeune création sont trois des promesses du gouvernement pour les prochains contrats-programmes. Faut-il s'attendre à un nouveau report?
  • Centres culturels: la réforme des centres culturels, attendue par le secteur, doit s'appliquer sur le terrain. Les missions de ces lieux sont ainsi revues. Chaque centre doit ainsi redéfinir ("spécialiser") sa programmation et ses objectifs en regard de son bassin d'action. Dans l'analyse précitée, le CRISP notait comme prochain défi des centre culturels l'articulation "[d']obligations en partie antinomiques d’universalité et de spécialisation". Rien à ce sujet dans la DPC sinon un chapitre générique "accès à la culture pour tous les publics" et des notions fourre-tout à la mode comme "médiation culturelle".
Bien entendu, il s'agit ici que d'une première lecture des intentions du nouvel exécutif attendu au tournant dès la rentrée. On ne peut donc que constater l'absence d'allusion aux dossiers sensibles concernant particulièrement les arts de la scène. Les nouveaux exécutifs ne pourront cependant les repousser éternellement. Car si comme, celui de la FWB le mentionne dans sa déclaration d'intentions, le monde politique entend "préserver la culture des seules lois du marché", il devra préciser ses ambitions culturelle, notamment en termes budgétaires. À ce sujet, "un cadre budgétaire maîtrisé" est juste annoncé de manière générale.
Enfin, la réunion des portefeuilles de l'enseignement et de la culture (à eux deux près de 80% du budget de la FWB) dans les mains d'une seule ministre ne semble pas rassurer tous les acteurs culturels, tant les défis dans ces deux secteurs sont énormes. Joëlle Milquet devra donc répondre à leurs inquiétudes. Entendra-t-elle l'appel à de nouveaux États généraux de la Culture -plus large qu'un cadastre de l'emploi artistique annoncé-, quand on sait le cdH sensible à ce genre de grand barnum? Mais une éventuelle tenue de ces consultations ne présume rien de leurs résultats.

Annexe: 
Le texte intégral de l'intervention de Fabrice Murgia lue ce lundi 21 juillet à Avignon



Bonjour,

Je m’appelle Fabrice Murgia, et je suis le metteur en scène de « Notre peur de n’être ». Je soutiens fermement la lutte des intermittents du spectacle français et je voudrais ce soir leur demander de laisser dans leur combat une place à la Belgique.

Je suis un artiste international dans la programmation de ce festival. Je suis artiste associé au théâtre National de Bruxelles. J’ai répété ce spectacle à la Comédie de Saint-Etienne pendant six semaines. Nous étions dix-huit personnes sous contrat, logées, défrayées, et nous nous apprêtons à partir en tournée. Il a été difficile de réunir tout l’argent pour répéter dans des conditions aussi confortables, mais j’ai eu les moyens de créer ce spectacle parce que je bénéficie de la confiance artistique de mon gouvernement, de mes coproducteurs, de mes partenaires du service public et privé. Je m’exprime de cet endroit-là, parce que j’ai encore la chance de pouvoir faire mon métier.

En ce mois de juillet, on considère les artistes présents à Avignon comme des ambassadeurs. Ce soir, je vais faire mon métier d’ambassadeur.

Je demande à toutes les compagnies belges présentes dans ce festival de me rejoindre sur ce plateau. Beaucoup de ceux qui ne sont pas ici ne sont pas ici parce qu’à cette heure-ci, ils travaillent.

Je voudrais, dans la continuité du spectacle, témoigner de notre peur.

Je ne m’adresse pas tellement à toi, public, qui a acheté un billet. Peut-être que tu en as assez. Mais je sais que si tu es là ce soir, c’est parce que tu voudrais encore venir dans les prochaines années. Je prends donc la parole pour m’adresser aux citoyens qui connaissent peu la situation des artistes par l’intermédiaire des journalistes présents.

Grâce à la confiance et au soutien de ceux qui m’accompagnent, j’ai pu en quelques années faire des voyages incroyables, et je me dois de revenir vers vous avec un sentiment, vous le rendre avec poésie. C’est de ces voyages que naît ma peur de n’être.

Je ne parlerai pas des endroits du monde où il est dangereux de monter sur un plateau pour s’exprimer, car cela me ferait reconsidérer l’annulation du 12 juillet. Ce jour-là, peut-être que nous avons perdu, mais nous avons dû en arriver là pour montrer qu’une menace n’est pas qu’une menace.

Je parlerai de pays très modernes, « exemplaires », dans lesquels on a naturellement cru qu’on pourrait se débarrasser d’un siège de théâtre pour s’offrir un lit d’hôpital. Un fauteuil de théâtre pour un lit d’hôpital. C’est une idée magnifique, mais je ne m’attarderai pas ce soir sur le prix d’une consultation, ni de l’état des hôpitaux dans ces pays-là. Quand on abandonne un fauteuil de théâtre, c’est inévitablement qu’on va mal. Très mal. Et quand je vois l’état de nos théâtres et de nos artistes, j’ai peur pour nos hôpitaux, et c’est normal.

Quand chaque jour, plusieurs théâtres en Europe apprennent que leur subvention est revue à la
baisse, que les forums sociaux où s’échangent les idées disparaissent, j’ai peur que se soigner devienne un truc de riches.

Quand je réalise que nous avons accès à internet depuis trente ans, et que nous sommes incapables d’inventer de nouvelles formes d’économie culturelle, notamment en matière de partage des oeuvres, je me sens pris pour un con, alors j’ai peur.

Quand il faut figurer dans la programmation du Festival d’Avignon In pour qu’on parle vingt 
secondes de spectacle vivant dans un JT, j’ai aussi un peu peur.

Quand je lis la presse et les articles sur la situation des artistes, qu’à la fin de l’article, je parcours les commentaires des tribunes populaires sur les forums internet, ce n’est plus de la peur. C’est quelque chose d’autre, c’est plus qu’une peur... Enfin... Nous sommes beaucoup ici, et imaginez qu’on parle comme ça de vous... Ça fait plus que peur.

C’est comme une peur qui vous dépasse, qui touche à votre mémoire génétique globale, humaine. 

C’est comme quand on se bat à défendre la beauté, à dresser le portrait de l’Homme, mais que le modèle est horrible, stupide, égoïste, méprisant, il vous regarde de travers, comme s’il allait descendre de son socle, arracher votre chevalet, vous le taper sur la gueule, et prendre en plus votre portefeuille qui était presque vide... oui ça fait peur, et en même temps, comment dire, on doit l’aimer, sinon on ne peut pas le peindre, évidement. C’est une peur qui touche à ce qui nous relie, ce qui nous permet de vivre ensemble dans le respect mutuel. Cette peur pour nos enfants, le monde qu’on leur laisse. Une peur que tout à coup, tout le monde se mette à penser la même chose des artistes.

Que faut-il demander aux journalistes belges présents ce soir au Festival d’Avignon ?

Faut-il leur demander de ressortir les chiffres de la culture, et prouver une fois de plus qu’elle est rentable ?

Triste et désolant argument... Faut-il en passer par là ?

Je demande à tous les journalistes belges présents ce soir au Festival d’Avignon de s’adresser à nos concitoyens.

Dites-leur qui nous sommes...

Dites-leur que nous sommes là pour poser des questions critiques sur le monde que nous construisons ensemble. Rien à affirmer. Juste des questions pour les aider à construire.

Dites-leur que nous aussi, nous avons peur de la « crise », mais pitié, dites-leur de nous aider à freiner la crise des valeurs, crise de la solidarité.

Dites-leur que nous avons peur des regards de ceux qui pensent que nous profitons du système quand nous nous tuons au travail et que nous ne voyons pas nos enfants depuis plusieurs semaines.

Dites-leur que le spectacle n’existe pas que dans le gradin, mais aussi dans les classes de leurs enfants, dans leurs souvenirs.

Dites-leur qu’on a deux mille ans d’expérience dans ce secteur florissant, et que ce n’est pas rien.

Surtout, dites-leur que nous sommes comme eux : dites-leur que nous voulons travailler. Juste
travailler.

Dites-leur dans les premières pages de votre journal s’il vous plaît.

Et dites le dans les pages qu’ils liront, parce que vous l’aurez compris, je ne vous parle pas que de spectacle.

Dites-leur en changeant le mot « théâtre » par le mot « hôpital », parce que certains d’entre eux sont malades de mépris et c’est humiliant pour nous tous.

Continuez à leur dire ce qui se passe au sud et au nord de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais parlez-leur de l’utilité de la culture.

Chers collègues, merci de porter ce texte par vos présences.

Chers spectateurs, merci d’avoir assisté à cette représentation de « Notre peur de n’être... ». 

Au théâtre belge, comme au Festival d’Avignon, vous êtes chez vous.!

Bon festival, et bonne fête nationale.

jeudi 21 novembre 2013

Rêve général, ou une usine pour décor

Article paru dans Metro le vendredi 8 novembre.


Crédit: Arsenic



Crédit: Goldo
Le décor n’est pas féerique mais l’initiative d’Arsenic 2, théâtre itinérant, d’accueillir son public dans sa base liégeoise s’avère cohérente quand on détaille la programmation de «Rêve général», du 12 novembre au 7 décembre. Elle n’aurait pas trouvé meilleur écrin que le site d’ArcelorMittal à Tilleur. Le passé industriel florissant de la Wallonie et son actualité sociale alarmante inspirent les artistes. «Rêve général» proposera trois spectacles, dans le style du théâtre documentaire, qui explorent les mémoires et l’histoire économique et sociale belge. La crise actuelle fait surgir des voix de résistance. «Parmi ces voix, l’art, et le théâtre en particulier, ont leur place à prendre», nous dit Arsenic 2. Il faut d’entrée souligner le culot certain de la structure artistique pour proposer lors de ce «focus», le spectacle de Nicolas Ancion et du collectif Mensuel L’homme qui valait 35 milliards. Dans cette pièce, on suit les aventures d’un artiste contemporain qui, pour se faire remarquer, projette d’enlever Lakshmi Mittal en personne (toujours propriétaire des lieux), et de lui demander lors de sa détention de reproduire des oeuvres controversées du 20e siècle. Dans l'extrait que nou avons pu voir, un humour coup de poing dynamise cette pièce inscrite dans la veine d’un certain théâtre-action. 

Crédit: Lou Hérion
Émouvantes dans leurs récits, les trois comédiennes de Montenero -Sandrine Bergot, Martine De Michele et Valérie Kurévic- ont recueilli les histoires de femmes originaires du village italien de Montenero di Bisaccia. Si elles sont venues en Belgique, ce n’est pas toujours de leur plein gré. Mariages arrangés avec les immigrés mineurs, envie de nouveaux horizons, le trio permet avec ces témoignages de donner à l’immigration une parole féminine, trop souvent occultée. Ces histoires sont soulignées de chants populaires et militants italiens mis en musique par Alberto di Lena à l’accordéon et Carmelo Prestigiacomo à la guitare. Dès la lecture de son titre, on saisit tout de suite que Grève 60 évoquera l’un des épisodes les plus importants de l’histoire sociale de Belgique. Avec des documents historiques, des témoignages réinterprétés et des caricatures de personnages, Patrick Bébi reconstruit les événements mouvementés de l’opposition populaire à la loi unique d’austérité du gouvernement Eyskens en 1960. Au premier abord un peu scolaire, le spectacle, imaginé dans le cadre d’un projet au Conservatoire de Liège, gagne en puissance et en émotion grâce aux interventions d’un chœur d’une soixantaine de personnes de la région. À coup d’«Internationale» et d’autres refrains ouvriers, un parallèle avec la situation socio-économique contemporaine, arrive en point d’orgue plutôt habile et pertinent. 

Crédit: Véronique Vercheval

Le théâtre fait réfléchir mais n’oublie pas la convivialité. Le public pourra rejoindre le lieu des spectacles en péniche depuis le centre de Liège les 17, 24 et 30 novembre, durant lesquelles des animations en lien avec les spectacles seront proposées. Cinéma, exposition, concerts et soirées piano bars compléteront le programme de ces trois semaines qui démontrent que la lutte sociale peut prendre de multiples formes. Les artistes ne vivent pas hors du monde, en attestent les échanges avec les ouvriers et les syndicalistes pour l’élaboration de ces spectacles. Mais ils se nourrissent de ses réalités pour mieux nous les révéler et les rendre universelles.

Jusqu'au 7 décembre en région liégeoise

L.E.A.R., d'Antoine Laubin

Vu au Varia le 15 novembre 2013

Crédit: Alice Piemme
L'histoire du King Lear a traversé les siècles et semble toujours fasciner. On l'a vue récemment traitée au Théâtre du Parc sur le thème de la vieillesse dénigrée et de l'abandon des personnes âgées par les jeunes générations. Mûrissant son projet depuis plusieurs années, Antoine Laubin a choisi de nous parler de transmission et de gratitude (ou d'ingratitude, cela dépend de l'état de votre relation avec vos père, mère ou bambins au moment d'écrire cette article). Une chose est claire pour lui dans ce classique, même remis au goût du jour, Les Enfants n'Auront Rien. Un acronyme efficace à la communication du spectacle qui se justifie par la tournure qu'ont voulu lui donner Laubin avec son comparse à l'écriture Thomas Depryck.

Crédit: Alice Piemme
La première partie de L.E.A.R. retrouve le Lear originel, dans ses deux premiers actes, l'histoire d'un vieux roi qui lors de son abdication divise son royaume entre ses trois filles. Mais la cadette déçoit son paternel en faisant preuve d'honnêteté là où ses sœurs s'aventurent dans la minauderie faux-cul. Mais le vieux souverain regrettera son manque de lucidité en découvrant que ses chouchoutes chercheront à se débarrasser de ce sujet (ou objet) encombrant avec ses 100 soudards. L'ingratitude prend parfois des allures de fausse bienveillance. Les deux auteurs font tout ici pour éviter le classicisme, en dépoussiérant le texte tout d'abord. Les niveaux de langage se confondent avec des passages n'hésitant pas à singer une conversation électronique, sans jamais tomber dans la vulgarité ou dans le jeunisme forcé. Laubin et Depryck placent la famille et sa cour dans un canapé Chesterfield géant, comme si le décor voulait ramener tous les protagonistes à une taille d'enfant. Aux côtés d'un Lear -interprété par un caverneux Philippe Grand'henry-, la jeunesse (Marie Lecomte, Julien Jaillot, Christophe Lambert, Vincent Sornaga, Pierre Verplancken) se veut presque sautillante, tout au moins dynamique, conférant peps et légèreté à leur jeu entre accoudoirs rembourrés.

Crédit: Valentine Gillard
En un habité "Cambodia" de Kim Wilde et un monologue de Lautréamont (extrait des Chants de Maldoror), ce décor cosy se disloque pour laisser la place à un plateau sombre aux éléments éclatés comme la parole qui nous est proposée dans la deuxième partie. Shakespeare laisse la place à une écriture collective, de plateau, partant de témoignages, du vécu de la bande de comédiens. L'approche de la parentalité se veut parfois problématique. On s'attarde tout particulièrement au touchant monologue de Christophe Lambert en père inquiet pour sa fillette. Marie Lecomte dévoile un extrait du journal de son père. Devenir parent n'est pas une évidence mais un chemin à parcourir. Être l'enfant de ses parents semble l'être tout autant. Laubin a bien creusé son sujet, qui le suit depuis Les langues paternelles. Il en a mâché des textes (Exley notamment) et les a donnés en pâture à un formidable collectif de comédiens. La colère laisse la place à une douce mélancolie et au regard tendre sur la filiation. Le spectacle prend alors toute sa force dans ce deuxième acte rassemblant parents et enfants dans leurs difficultés de dialoguer. 

À voir jusqu'au 24 novembre au Manège.Mons et du 26 au 30 novembre au Théâtre de Liège.

mercredi 20 novembre 2013

Rearview, d'Armel Roussel

Vu aux Tanneurs le 13 novembre 2013


Crédit: Alice Piemme
Tout vouloir plaquer et partir loin. Ça nous est tous arrivé un jour, du moins l'envie. le protagoniste de Rearview, lui, passe à l'acte. Il laisse en plan copains-crétins et gonzesse pour embarquer dans un road-trip à l'américaine. Cela tombe bien puisque le texte de Gilles Poulin-Denis nous vient du Québec. Séduit par cette langue si particulière, Armel Roussel l'a choisi pour mettre en scène son premier solo.

On retrouve dans ce spectacle une saveur et une couleur de fin de nuit que Roussel avait déjà explorée dans Nothing Hurts de Falk Richter, avec son quatuor de noceurs en plein trip intersidéral. Mais ici, Guillaume, le protagoniste, est seul face à la route et aux rencontres qui la jalonnent. La route qui défile sur l'écran derrière lui le pousse à courir, sans regarder dans le rétro, après une jeunesse qu'il dit avoir manquée (s'endormir à 17 ans et se réveiller à 27). Malheureusement, c'est le néant et le vide que semble découvrir notre ami routard à la prochaine station-service plus qu'un plein de plaisirs effervescents. Et ses rencontres avec un policier et des oiseaux de nuit naufragés dans une discothèque de bord de chaussée n'y changeront rien.

Crédit: Alice Piemme
Romain Cinter, aperçu dans la création de fin d'études de l'INSAS Angels in America (déjà mise en scène par le "professeur" Roussel), assez à l'aise dès le départ dans cette langue qui serpente entre anglais et français à la manière d'une route des Rocheuses. C'est d'ailleurs ici que réside pour nous l'intérêt, dans un vocabulaire bilingue, coloré et plein d'humour désemparé. "Concrète, poétique, à la fois directe et mystérieuse", la décrit Armel Roussel. La bonne maîtrise du jeune comédien sur ce terrain fait oublier ses petites faiblesses, la voix perdant parfois la tenue nécessaire pour ce rôle de solitaire perdu sur une route bitumée. Le joli travail sur les lumières (sous la direction technique de Nathalie Borlée) transmet les différents états d'âme par lesquels passe le fugitif jusqu'à une rencontre avec un certain Jim Morrison qui le conduira vers la fin du voyage.

Au Théâtre Les Tanneurs jusqu'au 23 novembre.







vendredi 15 novembre 2013

Money, de Françoise Bloch

Vu au Théâtre National le 18 octobre 2013


Dans ses productions du Zoo Theatre, Françoise Bloch et ses comédiens ont l'art de traite à bras le corps de sujets, a priori peu théâtraux. Après les monde de la consultance (Grow or Go) et celui du télécommerce (Une société de services), la metteure en scène et ses quatre comédiens ont remis le couvert de l'écriture collective pour fournir leur vision de la crise financière et bancaire. 
Crédit: Antonio Gomez Garcia
Depuis 2008, la chasse aux spéculateurs outranciers est lancée. Mais nous, pauvres victimes d'un système qui nous dépasse, avons été les pions de notre propre perte. Money pose clairement la question. Notre épargne que nous croyons sagement dormir dans les coffres froidement métalliques de nos banques serait donc l'arme du crime. Sans que nous le sachions. Que nos économies financent des activités peu recommandables au niveau environnementales, politiques voire militaires. Et selon le Zoo Théâtre, cela commencerait dès la salle d'attente de votre banquier, quand une petite musique diablement orchestrée vous fait sentir comme acteur de votre destin alors qu'un habile numéro de prestidigitation lexicale (avec son lot d'expressions toutes faites) va vous déposséder de votre conscience pécuniaire.
Crédit: Antonio Gomez Garcia
Tout cela vous semble aussi rébarbatif qu'un prospectus vantant la rentabilité d'une sicav? Que nenni! Françoise Bloch chorégraphie littéralement cette manipulation organisée. Au fil des saynètes qui nous sont proposées sur fond de vidéos graphiques ou explicatives, sièges de direction et tables de travail virevoltent dans un ballet dynamique reflétant la danse dans laquelle nos chères institutions financières nous entraînent pour mieux nous embobiner. Les comédiens endossent avec talent tour à tour les costumes de banquiers finauds et de clients naïfs. Le quatuor ne manque pas d'humour, et reçoit des mentions spéciales, notamment pour Benoît Piret, en (faux) ingénu du marketing bancaire, et Jérôme De Falloise (Aude Ruyter et Damien Trapletti ne déméritent pas pour autant ;-)).
La démonstration est édifiante, nous sommes tous des coupables collatéraux du désordre économique mondial. Mais plus qu'un constat, la pièce veut aussi nous pousser à l'action (de manière légère, pas de théâtre-action ici), ou du moins à la réflexion de la culture de nos économies. À qui profitent-elles? À nous de le décider...


mardi 22 octobre 2013

Les lauréats des Prix de la Critique Théâtre et Danse - Saison 2012-2013

Ce 21 octobre au Théâtre Varia, quatorze récompenses ont été attribuées par un jury de journalistes culturels aux meilleurs spectacles et artistes de la scène de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la saison 2012-2013. Voici le palmarès (ainsi que tous les nominés) de ces Prix de la Critique avec les dates de reprise (en notes de bas de page). Si c'est bon, ce serait bête de les manquer à nouveau.

Création technique et artistique

Mélanie Daniels - Crédit: M.-F. Plissart
LAURÉAT: Mélanie Daniels, de Claude Schmitz: Philippe Orlinski (lumières), Thomas Turine (création sonore),  Boris Dambly (scénographie), Arieh Serge Mandelbaum, Judith Ribardière (accessoires) et Zaza Da Fonseca (maquillage). Création au Théâtre de la Balsamine. Coproduction de Paradies, Balsamine et KunstenFestivaldesArts.

- Michel Dupont. Réinventer le contraire du monde, d'Anne-Cécile Vandalem: Brice Cannavo (création sonore), Caspar Langhoff (création lumière). Création au Théâtre National. Coproduction de Das Fräulein (Kompanie) et du Théâtre de Namur.

- Vision, de Pierre Mégos et Florence Minder: Caroline De Decker (vidéo), Iannis Heaulme (son), Julie Petit-Étienne (lumière), Thomas Delord (scénographie et cinéma), Christine Grégoire (scénographie). Création au Théâtre de la Balsamine. Production de Mothership asbl.

Scénographie
L'Éveil du Printemps - Crédit: David Carlier

LAURÉATE: Emmanuelle Bischoff pour L'Éveil du printemps, de Frank Wedekind, mise en scène de Peggy Thomas. Création au Théâtre royal de Namur puis au Rideau de Bruxelles à l'XL. Co-production Cie Les Orgues et Théâtre du Rideau de Bruxelles.

- Stéphane Arcas pour Projet Ibsen/Le Fond des mers, d'après Ibsen, mise en scène de Guillemette Laurent, au Théâtre Océan Nord.

- Anne Buguet pour Protocole de relance, d'après Nicole Malinconi, adaptation et mise en scène de Myriam Saduis, Production Poème2.

Espoir féminin

Céline Peret - Crédit: C. Sampermans
LAURÉATE: Céline Peret dans Terrain vague, de Thibaut Nève, mise en scène de Jessica Gazon au Théâtre Marni. Compagnie Gazon-Nève.

- Chloé de Grom dans La Vecchia Vacca (1) de Salvatore Calcagno, mise en scène de l'auteur au Théâtre des Tanneurs. Une création de l’asbl garçongarçon / Salvatore Calcagno.

- Amélie Lemonnier dans Les Pavés du Parvis (2), de Pierre Wayburn et Amélie Lemonnier, mise en scène de Philippe Laurent, à la Maison du peuple de Saint-Gilles. Production La Charge du Rhinocéros.

Espoir masculin

Maroine Amimi - Crédit: D. R.
LAURÉAT: Maroine Amimi dans L’Encrier a disparu, d'après Daniil Harms, mise en scène de Bernard Cogniaux, Le Bourgeois Gentilhomme, de Molière, mise en scène de Serge Demoulin et dans La Serva amorosa de Goldoni, mise en scène de Pietro Pizzuti au Théâtre Le Public.

- Jérémie Petrus dans Happy Slapping (3) de Thierry Janssen, mise en scène d'Alexandre Drouet, à l'Atelier 210. Projet Cryotopsie asbl en coproduction avec l’Atelier 210.

- Real Siellez dans L’Encrier a disparu, Le Bourgeois Gentilhomme et La Serva amorosa, au Théâtre Le Public.

Meilleure Découverte

La Vecchia Vacca - Crédit: M. Boermans
LAURÉATS: La Vecchia Vacca (1), écriture et mise en scène de Salvatore Calcagno au Théâtre des Tanneurs, création de l'asbl garçongarçon/Salvatore Calcagno

- Joséphina, de et par Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux. Cie Chaliwaté. Théâtre de la Roseraie, reprise au Théâtre de la Place des Martyrs

- Weltanschauung (4), de Clément Thirion par Clément Thirion et Gwen Berrou, au Théâtre de la Vie. Création de Kosmocompany. Coproduction L’L, Théâtre de la Place (Liège) ; Théâtre de la Vie (Bruxelles).

Meilleur Auteur

G. Dermul et P. Sartenaer - Cr.: D. Willems
LAURÉAT: Pierre Sartenaer et Guy Dermul pour It’s my life and I do what I want au Théâtre des Tanneurs. Coproduction KVS et Théâtre des Tanneurs.

- Thomas Depryck pour Le Réserviste au Théâtre de L'L, Bruxelles. Production De Facto asbl, Théâtre National et L’L.

- Riton Liebman pour Liebman renégat, in Contes hérético-urbains au Théâtre de Poche.

Prix Bernadette Abraté

Crédit: NVC

Anne Kumps, programmatrice et productrice cirque et jeune public aux Halles de Schaerbeek. Ce prix spécial récompense l'engagement de son/sa lauréat(e) dans le secteur des arts de la scène.




Meilleure Comédienne

C. Mestoussis & M. Pinglaut - Cr.: M. Boermans
LAURÉATES: Catherine Mestoussis et Magali Pinglaut dans Les Invisibles d'après Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas, mise en scène d'Isabelle Pousseur, au Théâtre Océan Nord.

- Marie Bos dans Ravissement, écriture et mise en scène de Mélanie et Estelle Rullier, Compagnie Ravage au Théâtre de la Balsamine, dans Projet Ibsen/Le Fond des mers, d'après Ibsen, mise en scène de Guillemette Laurent, au Théâtre Océan Nord et dans Mélanie Daniels, de Claude Schmitz, au Théâtre de la Balsamine.

- Valérie Lemaître dans Rien à signaler de Martin Crimp, mise en scène de Georges Lini au Théâtre de Poche.

Meilleur Comédien

Karim Barras - Cr.: Danièle Pierre
LAURÉAT: Karim Barras dans Hamlet, mise en scène de Michel Dezoteux création au Manège à Mons. Un spectacle du Théâtre VARIA en coproduction avec le Théâtre de la Place (Liège) et le manège.mons et dans Une Lettre à Cassandre (5), de Pedro Eiras, mise en scène de David Strosberg, au Théâtre des Tanneurs.

- Soufian El Boubsi dans Le Mouton et la Baleine d'Ahmed Ghazali, mise en scène de Jasmina Douieb, au Théâtre Océan Nord et dans Tout ce que je serai d'Alan Ball, mise en scène de Christine Delmotte au Théâtre de la place des Martyrs.

- Philippe Vauchel dans Je pense à Yu de Carole Fréchette, mise en scène de Vincent Goethals au Rideau de Bruxelles à l'XL Théâtre. Production Théâtre du Rideau de Bruxelles en coproduction Théâtre en Scène / Théâtre du Peuple Maurice Pottecher (Bussang).

Meilleur Seul en scène

Vincent Lécuyer - Cr.: P. Deprez
LAURÉAT: After the walls (Utopia) (6) par Vincent Lécuyer, concept, texte et direction d'Anne- Cécile Vandalem, création au Théâtre National. Coproduction Théatre royal de Namur, KunstenFestivaldesArts, Das Fräulein (Kompanie), Théâtre National et Théâtre de la Place (Liège).

- En toute inquiétude (7) de et par Jean-Luc Piraux, mise en scène d'Olivier Boudon, création au Festival royal Théâtre de Spa. Un spectacle du Théâtre Pépite en coproduction avec l’Atelier Théâtre Jean Vilar, le Festival de Spa et le PBA/Eden (Charleroi).

- Tout le monde ça n’existe pas (8) de et par Marie Limet, mise en scène de Laure Saupique. Coproduction du Théâtre de Poche et de la Cie La peau de l'autre. Rencontres théâtre jeune public à Huy.

Meilleur Spectacle jeune public

Éric Durnez - Cr.: D. R.
LAURÉAT: Le Voyage intraordinaire (9) Texte d'Eric Durnez, mise en scène de Thierry Lefèvre. Une Compagnie. Rencontres theâtre jeune public à Huy.

- Conversation avec un jeune homme (10), texte et mise en scène d'Agnès Limbos, production de la Compagnie Gare Centrale, Rencontres théâtre jeune public à Huy.

Macaroni (11) de et par le Théâtre des Zigomars, d'après un texte de Vincent Zabus et Pierre Richards. Mise en scène de Pierre Richards, Rencontres théâtre jeune public à Huy.

Meilleur Spectacle de Danse

Black Milk - Cr.: D. R.
LAURÉAT: Black Milk (12) de Louise Vanneste (Rising Horses) par Eveline Van Bauwel, Louise
Vanneste, aux Brigittines.

- Débords. Réflexions sur la Table verte (13), d'Olga de Soto, à Charleroi Danses.

- Luciola (14), de Karine Ponties/Cie Dame de Pic, aux Brigittines.

Meilleure Mise en scène

L'Éveil du Printemps - Cr.: D. Carlier
LAURÉAT: L'Éveil du printemps, de Frank Wedekind, mise en scène de Peggy Thomas. Création au Théâtre royal de Namur puis au Rideau de Bruxelles à l'XL. Coproduction Cie Les Orgues et Théâtre du Rideau de Bruxelles.

- Les Invisibles, d'après Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas. Adaptation et mise en scène d'Isabelle Pousseur au Théâtre Océan Nord.

- Œdipe d'Olivier Kemeid d'après Sophocle, mise en scène et chorégraphie de José Besprosvany au Théâtre royal du Parc. Création de la Compagnie José Besprosvany / IDEA asbl, en coproduction avec le Théâtre Royal du Parc.

Spectacle

Discours à la Nation - Cr.: A. Gomez Garcia
LAURÉAT: Discours à la nation (15) d’Ascanio Celestini, adaptation française de Patrick Bebi, interprétation de David Murgia, mise en scène d'Ascanio Celestini, créé au Festival de Liège. Coproduction du Festival de Liège et du Théâtre National/Bruxelles.

- It's my life and I do what I want de et par Pierre Sartenaer et Guy Dermul, au Théâtre des Tanneurs. Co production du KVS et des Tanneurs.

- Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l'austère nuit des marais s'appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d'amour toute la fatalité de l'univers (16), conception de Ali et Hédi Thabet, de et avec Artemis Stavridi, Mathurin Bolze, Hédi Thabet et S. Ben Youssef, création au Théâtre National, dans le cadre de XS. Production: Ali, Hédi Thabet et la Compagnie Mpta

REPRISES DE CETTE SAISON:
(1) La Vecchia Vacca sera à Bozar à Bruxelles le 19 novembre à 12h40.
(2) Les Pavés du Parvis en tournée le les 8 & 9 novembre à Grenay à l'Espace Culturel Ronny Coutteure, le 23 novembre à la Ferme du Harby d'Anserœul, les 29 et 30 novembre à Herve à l'Espace de l'Hôtel de Ville et les 27, 28 et 31 décembre à Wolubilis à Woluwé-Saint-Lambert.
(3) Happy Slapping en tournée du 22 au 24 octobre à la Maison de la Culture de Tournai, le 4 novembre à Ciney, le 6 novembre à Comines, le 14 novembre à Huy, le 25 novembre à Nivelles, du 11 au 22 février 2014 à l'Atelier 210 à Etterbeek, du 24 au 27 février 2014 à l'Eden à Charleroi et le 24 avril au Manège.Mons.
(4) Weltanschauung sera présent le 13 février 2014 à Chênée dans le cadre du Festival Pays de Danse.
(5) Une lettre à Cassandre sera au Théâtre de Liège du 20 au 29 mars 2014.
(6) After the walls (Utopia) sera au Théâtre de Namur du 3 au 7 décembre et au Théâtre National à Bruxelles du 23 avril au 3 mai 2014.
(7) En toute inquiétude en tournée partout (cf. site)
(8) Tout le monde ça n'existe pas du 29 octobre au 16 novembre au Théâtre de Poche et en tournée des centres culturels de la Communauté française.
(9) Le Voyage intraordinaire sera à Herve le 23 octobre.
(10) Conversation avec un jeune homme en tournée (cf. site)
(11) Macaroni en tournée (cf. site)
(12) Black Milk ser les 14 et 15 novembre au PBA/Hangar à Charleroi dans le cadre de la Biennale Charleroi-Danses
(13) Débords. Réflexions sur la table verte sera les 14 et 15 novembre aux Halles de Schaerbeek.
(14) Luciola sera à Durbuy le 29 novembre
(15) Discours à la Nation en tournée prolifique avec un passage du 26 novembre au 14 décembre au Théâtre National, les 29 et 30 avril 2014 au Manège.Mons et aussi à Namur, Charleroi, etc. (cf. site)
(16) Nous sommes pareils à ces crapauds... sera au Théâtre National du 18 février au 1er mars 2014.

jeudi 18 juillet 2013

AVIGNON In 2013 - "Par les villages", de Stanislas Nordey

Vu le 10 juillet dans la Cour d'honneur du Palais des Papes


Crédit: Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Artiste associé avec Dieudonné Niangouna -qui nous a déçus par sa mise en scène de Shéda en Carrière de Boulbon-, Stanislas Nordey était très attendu avec sa mise en scène de la pièce de Peter Handke, Par les villages, présentée en Cour d'honneur. Habitué du festival pour y avoir commencé dans le Off et joué à plusieurs reprises dans le In, Nordey entendait offrir un retour au texte dans un événement qui voyait la critique française s'acharner sur son obstination de la forme au détriment du fond et de la parole. Ils sont ici servis avec cette pièce écrite par l'auteur autrichien en 1981. C'est l'histoire d'un retour au pays, d'un jeune homme, Gregor (Laurent Sauvage) qui a quitté son village rural pour gagner la ville où il a pris l'habit de l'intellectuel-poète. Rappelé auprès des siens pour exécuter le testament de ses parents décédés, il retrouve frère et sœur qui ont bien changé depuis leur séparation. Le premier, Hans (le metteur en scène lui-même), est devenu ouvrier dans la vallée voisine transformée en cité ouvrière. La seconde, Sophie (Emmanuelle Béart), rêve modestement d'ouvrir sa boutique. Pour Gregor, c'est le choc, la campagne qu'il comptait retrouver n'est plus qu'un fantasme. A-t-elle seulement existé? Au fil de (très) longues tirades adressées au public, la fratrie se déchire et ne se retrouve pas. Tous ont leurs propres idéaux, leur vision du progrès et de son accomplissement. L'incompréhension règne.
Crédit: Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Handke use d'un texte touffu où l'intrigue de départ est rapidement diluée. Les monologues de ses personnages se transforment en des oraisons d'un monde en perte d'idéal, où les nouveaux dieux, les humains, semblent désarmés. Nordey met en scène ce texte assez statiquement dans un cadre majestueux qu'il n'use que très peu, ayant pour seul décor, en première partie, une série de cabines de chantiers bleues tantôt chaumières, tantôt maisons; en seconde partie, une rangée d'arbres fantomatiques. On comprend que c'est la parole qui est au centre, mais sa prépondérance est profondément indigeste. Renforcée par le ton oratoire et parfois sermonnant des comédiens, l'attention du spectateur est mise à rude épreuve dans ce spectacle fleuve de cinq heures. Stanislas Nordey, parfait dans sa diction et sa déclamation, se démarque de la distribution parfois démonstrative. Lumineuse dans sa combativité, Emmanuelle Béart utilise à bon escient ses deux grands moments. Le règne de la parole atteint son sommet avec le dernier soliloque de Nova. Pour clore la représentation, le personnage incarné par Jeanne Balibar tient la chique durant trente-cinq minutes. Mais son ton d'oracle immobile au timbre métallique tient difficilement la distance, miné par l'écho de l'amplification. Dommage! Malgré ses défauts, Par les villages prend sa force dans l'épique de ses réflexions sur une vision du monde que l'on entrevoit difficilement au terme de la représentation mais que l'on saisit au mieux une fois le texte sur les genoux. Nordey et Handke nous convient à une quête du poétique, du romantique et de l'humain.

"Exister doit être un triomphe! Peut-être n'y a-t-il plus d'endroits sauvages, mais le temps, toujours sauvage et neuf, demeure. (...) Et cessez de vous ronger pour savoir s'il y a Dieu ou non-Dieu: l'un donne le vertige à en mourir et l'autre tue l'imagination et sans imagination aucun matériau ne devient forme: c'est elle le dieu juste." 
Nova